Il était attendu, il a été magistral. Le Saut Hermès a fait son retour sous la verrière du Grand Palais. Un lieu toujours aussi magique, chargé d’histoire qui aura été encore sublimé avec ces nouveaux aménagements qui permettent désormais au public de suivre cet évènement aussi bien des tribunes qu’en hauteur installés en terrasse autour de cette piste, la magie est belle et bien présente.

Le parcours de Santiago Varela sur cette piste de 70m sur 30 s’annonçait délicat dès le premier vertical placé à côté de l’entrée de piste, dans un angle … la couleur était annoncée. Parmi les cinquante partant de ce Grand Prix, la France a enfin décidé de lancer plusieurs de ses jeunes pousses qui auront pu engranger une précieuse expérience pour le futur. A ce titre, et malgré leurs deux fautes, on retiendra le très beau parcours de Lalie Saclier avec J’adore (Carambole) qui auront fait un tour très prometteur pour la suite.


Ils auront été trois à se faire piéger par le chronomètre mais cette même erreur aura pu être vécue très différemment. Pour le très expérimenté Marcus Ehning accompagné de Priam du Roset (Plot Blue), c’est dommage. Pour Gilles Thomas et son fantastique Ermitage Kalone (Catoki), avec la promenade de santé réalisée, cela s’apparente à une erreur. Par contre, pour Nathan Budd, qui a des occasions très restreintes de participer à ce niveau d’épreuve, la prestation de Touardo Blue (Toulon) s’apparente à une véritable victoire. Le couple continue leur progression au plus haut niveau et montre à Peter Weinberg qu’il va falloir aussi lui donner sa chance.


Ils étaient finalement neuf à pouvoir en découdre au chronomètre pour tenter d’arracher cette prestigieuse victoire d’un Grand Prix 5* tout à fait à part du reste du circuit. Robert Whitaker est bien décidé à mener la vie dure à ses concurrents en réalisant d’emblée un barrage très rapide avec son impressionnant Vermento (Argento). Sans faute en 41’’70, le ton est donné.

Après un premier tour tout en maîtrise, Kendra Claricia Brinkop en veut un peu trop avec son tout jeune mais tellement prometteur Enrico de la Pomme (Vigo d’Arsouille) et ça ne passera pas pour aujourd’hui. Le couple laissera néanmoins plus qu’une très bonne impression.

5 points au barrage pour le jeune suisse Adrian Schmid sur Chicharito 11 (Casalito), très heureux de faire partie des barragistes alors que le danois Andreas Schou se montrait un peu déçu de son barrage pénalisé d’une faute alors que son Darc de Lux (Darco) aura impressionné encore une fois montrant toute sa puissance lors des deux tours.

Véritable chat montrant une souplesse à toute épreuve, EIC Julius Caesar (Couleur Rubin) réussit un beau barrage avec Max Kuhner mais c’est trop juste pour émoustiller le britannique. Déjà 5ème du Grand Prix 5* d’Honk-Kong le mois derniers, 4ème de la coupe du monde d’Amsterdam, 5ème de celle de Madrid, le hongre de 10 ans monte en puissance.


« Je n’ai pas de regret. Je suis heureux d’être de retour ici. C’est fantastique d’avoir de nouveau un concours aussi incroyable dans notre calendrier. J’adore ce concours et je ne peux que remercier Sylvie Robert qui est une organisatrice incroyable et qui nous donne tellement de beaux concours à monter. Je suis très reconnaissant pour cela. C’est toujours un plaisir de venir à ses concours. » explique Max Kuhner.

Christian Ahlmann ne tentera pas le diable cette année avec son incroyable promesse Untouched LB (United Touch S), la dernière recrue de Zangersheide qui sautait ici son premier Grand Prix 5* … avec une facilité déconcertante.

« Ce cheval a un talent incroyable. Il n’avait jamais sauté une épreuve comme celle-ci de sa vie. Nous avons besoin d’encore un peu de temps pour nous connaître mais le sentiment est incroyable, c’est un véritable sauteur. Cela fait désormais six mois qu’il est dans mes écuries. Nous avons pris le temps en commençant par de petits concours puis nous sommes montés crescendo. Je l’ai emmené à Abou Dhabi déjà janvier car il avait besoin d’enchainer les tours. A Sentower lors du Zangersheide International, c’était sa première grosse épreuve dans les Sires puis son premier Grand Prix 4* le dimanche ! Il est toujours meilleur et le sentiment est fantastique. Zangersheide en est désormais co-propriétaire mais nous avons décidé de ne pas le proposer en frais cette année car c’est important qu’il se développe dans le sport en lui donnant le temps de le faire. Il y a un petit stock de semence congelée mais il n’y en aura pas plus. Nous voulons lui donner l’année pour se développer aussi vite que possible. Il saillira les saisons prochaines et je pense que nous sommes sur le bon chemin. C’est vrai que Dominator 2000 Z n’est également pas disponible en semence fraiche car j’espère vraiment pouvoir compter sur lui prochainement. Il est de nouveau à l’entrainement et il saute actuellement. Si nous avons de la chance, il sera très bientôt en concours. Nous avons eu plusieurs fois diverses malchances où les choses n’ont pas été comme nous l’espérions mais c’est la vie. Là, nous avons une nouvelle chance, tout va bien … espérons que cela continue ainsi. » conclu Christian Ahlmann.


Vainqueur la semaine dernière du Grand Prix de ‘s Hertogenbosh, Simon Delestre est en confiance ! De nouveau en selle sur Cayman Jolly Juper (Hickstead), le lorrain attaque et réussi à aller déloger Robert Whitaker avec un chrono de 41’’21 en mettant le feu dans le Grand Palais.

Mais une autre française lui succède et Alexa Ferrer attaque très fort elle aussi avec Fleur d’Oz (Olimbos Merzé). Elle est plus rapide mais avec une faute sur l’ultime obstacle, ce qui n’empêche pas le public d’offrir une véritable ovation à la jeune femme aussi bien à la fin de son parcours qu’à la remise des prix !


Le dernier à s’élancer n’est pas le cavalier le plus lent du circuit … mais il revient seulement à la compétition après plusieurs semaines d’interruption suite à une chute spectaculaire aux Etats-Unis, Grégory Wathelet fait son entrée en piste avec Ace of Hearts (Aliandro B). Si on a pu avoir peur lors du tour initial lorsque le hongre a trébuché lors d’une réception, le couple aura finalement été l’un des grands animateurs de ce barrage même si eux aussi échoueront avec une faute sur l’ultime obstacle du parcours.


« Ces derniers temps, nous avons vécu des barrages comme à Lyon ou Malines où cela s’était couru si vite que cela semblait imprenable. Ce n’était pas le cas ici. Je trouve que le public a vraiment vécu du très grand sport. Personnellement, je vois que mes sept semaines sans concours sont belles et bien présentes, je ne me sens pas encore vraiment dans le bain. A cheval, je n’ai pas vraiment mal mais lorsque je descends, je ressens les efforts. J’ai encore un peu mal à l’épaule mais ce sont surtout les côtes qui m’embêtent. Je ne sais pas trop ce qui s’est passé lors du tour initial, Ace a trébuché, j’ai perdu mon équilibre mais heureusement, nous ne sommes pas tombés. Après cela, j’ai perdu en fluidité, j’ai remis l’une ou l’autre foulée … et finalement, le cheval sautait magnifique et nous sommes quand même sans-faute. C’est ce qui est incroyable avec notre sport, c’est qu’il y a des semaines où on peut monter un parcours parfait, respecter nos plans à la perfection et finir avec quatre points … puis parfois devoir faire preuve d’improvisation et finir sans faute.

Lors du barrage, Ace n’est pas le cheval le plus rapide … mais je savais que j’avais une chance. Il n’a pas toujours facile avec les virages serrés alors j’ai anticipé sauf qu’il a répondu sans soucis et je me suis retrouvé un peu près. Finalement, il me manquait quand même deux centièmes mais j’aurais préféré être deuxième que sixième. Je suis néanmoins content car même si j’ai encore des douleurs, les chevaux étaient vraiment bien ce week-end. Malheureusement Ace ne pourra pas participer à la finale de la coupe du monde car il n’a participé à aucune étape durant l’hiver. Mon plan était qu’il saute une étape aux USA, mais ma chute ne l’a pas permis. Je suis néanmoins très content du comportement de Bond, je pense que nous sommes prêts. Je me sentais déjà beaucoup plus dans le coup que la semaine dernière. Actuellement, je ne monte que deux à trois chevaux par jour car je fais énormément d’exercices à côté pour me remettre sur pied mais j’ai, par contre, décidé de quand même monter au concours la semaine prochaine pour me remettre vraiment dans le bain. Au départ, j’avais programmé un concours avec plus de chevaux mais je ne monterai finalement que Special Cera du Maillet et Argentina de la Marchette. » explique Grégory Wathelet.

Premier à partir au barrage et finalement second, Robert Whitaker ne regrettait rien.
« Je suis très content avec mon tour. Je savais en sortant de piste que je ne resterai probablement pas le plus rapide car il y avait la possibilité de faire une foulée de moins dans la dernière ligne mais Vermento a sauté de manière fantastique et nous étions très rapide. Je ne pense pas que j’aurais changé mon tracé même si j’étais parti plus tard. Je ne pense pas que j’aurais pu aller beaucoup plus vite. C’est ma première fois dans cet endroit magique, je suis très heureux d’être ici. Je n’avais pas réussi à obtenir de flot durant le week-end alors je suis très heureux d’avoir celui du second du Grand Prix. Cela me donne également beaucoup de confiance de voir Vermento dans cette forme avant la finale de la coupe du monde. Je pense que le week-end ici est une très bonne préparation. Plus il saute, mieux il saute normalement donc j’espère que la finale de la coupe du monde va me convenir. Croisons les doigts. » réagit Robert Whitaker


Victorieux la semaine dernière avec Cayman Jolly Jumper, Simon Delestre avait également remporté les deux dernières éditions qui se sont déroulée au Grand Palais avec Hermes Ryan des Hayettes en 2018 et 2019. Décidément, le Lorrain aime la continuité. « Sincèrement remporter deux Grand Prix 5* en deux semaines, ça ne m’était encore jamais arrivé et retrouver le Grand Palais avec une victoire, je ne l’avais pas imaginé. La seule chose, c’est que j’ai toujours dit que Cayman Jolly Jumper était un cheval de légende… même si nous avons eu quelques déboires ces dernières années. Actuellement, il est à 100% de son potentiel et il montre à tout le monde à quel point il est un cheval exceptionnel au-dessus du lot. Je pense que j’ai déjà monté quelques cracks mais lui, c’est encore autre chose.

Il y a beaucoup de similitudes avec Ryan mais il a encore plus de moyens et d’actions. Le plus difficile, c’est de canaliser sa fougue. On a vu au barrage que dès que j’ai ouvert une fois les doigts sur le vertical jaune, je savais que j’allais galérer un peu mais on ne gagne pas un Grand Prix de ce niveau là sans prendre un risque. J’étais un peu dans la panade mais c’est un tel génie qu’au dernier moment, il trouve une solution. J’ai confiance en lui et je sais que si je suis dans une galère, il va s’en sortir. J’avais vu le parcours de Robert et je savais que je devais tenter quelque chose si je voulais le battre. Il n’y avait pas d’autres solutions pour gagner que de prendre des risques. »
