Bingo pour Cian O’Connor

Publié par Julien Counet le 23/08/2024

Alors qu’on sait depuis quelques mois que le piquet de Cian O’Connor va être décimé dans les prochaines semaines avec le retour de l’ensemble de ses chevaux de tête chez leurs propriétaires respectifs. Prévoyant, l’Irlandais avait déjà fait l’acquisition de plusieurs chevaux dont Eclipse des Forêts (Calvaro x Dollar de la Pierre). Cette fois, dans la foulée du CSIO5* de Dublin, Cian O’Connor a accueilli l’étalon Bingo Z (Balou du Rouet x Nabab de Rêve) qui aura encore une fois impressionné en Irlande sous la selle de Dominique Joassin. Pour son retour en 5* après 8 ans d’absence, le belge aura vécu un week-end dont il se souviendra encore longtemps.

« Quand je suis arrivé à Dublin et que j’ai vu tous les cavaliers présents, je me suis un peu demandé ce que je faisais là car tous les meilleurs mondiaux étaient là. Je ne peux que remercier Fabienne Daigneux de m’avoir fait confiance et d’avoir suggéré à Peter Weinberg de m’emmener avec lui. Je savais que plusieurs cavaliers de l’équipe A n’avaient pas dans leurs plans de s’y rendre … et j’avais dit que je voulais bien y aller en tant que 5ème … mais finalement, Peter avait dans un premier temps sélectionné cinq autres cavaliers, ce que je trouvais tout à fait normal… mais finalement, alors que j’étais en vacances en Espagne avec ma femme, j’ai reçu un appel de notre sélectionneur qui me proposait de les accompagner. J’étais extrêmement motivé. Du coup, j’ai tout mis en place pour bien faire les choses. Faire en sorte que mon cheval soit bien ferré et en bonne condition. Je ne saute néanmoins jamais beaucoup à la maison. Je trouve que les cavaliers qui sautent régulièrement chez eux le font plus pour se rassurer eux-mêmes que pour le bien-être de leurs chevaux. J’essaie vraiment de baser ma relation avec mon cheval sur la confiance et je pense qu’ici à Dublin, cela m’a été très utile. Quand je suis arrivé au concours, j’ai demandé au secrétariat comment je pouvais faire pour me qualifier pour le Grand Prix … et j’ai appris que je devais absolument sauter deux épreuves 1m60 et que ce serait la somme des points accumulés dans ces deux épreuves qui détermineraient les partants dans le Grand Prix. Je pense que pour cela, il faut vraiment que mon cheval puisse me faire entièrement confiance pour aborder une épreuve 1m60 d’entrée de jeux. Le premier jour, nous partons 6ème, nous n’avions aucun repère et nous terminons avec deux points de pénalité. Le lendemain, c’était pire puisque nous partons en première position et nous sortons juste avec une faute. Alors oui, j’étais vraiment heureux d’être qualifié pour le Grand Prix car ça en fera peut-être rire certains … mais pour moi, c’était ma finale de mes Jeux Olympiques ! J’ai 52 ans et quand je regarde en arrière, je me dis que je me suis forgé un beau palmarès. J’ai eu une longue traversée du désert qui a duré pas moins de quinze ans mais depuis que j’ai réussi à reprendre ma carrière en main avec Dark de la Hart, j’ai toujours réussi à revenir avec différents chevaux. Je pense que, même si c’est moi qui le dis, je dois quand même avoir quelques qualités. Par contre, je sais désormais aussi que je dois me concentrer sur un cheval à la fois. La relation que j’établis avec un cheval est tel que je n’arrive pas à former simultanément plusieurs chevaux. Je sais aussi que mon équitation peut parfois faire sourire car je ne suis pas quelqu’un de passif, si je dois faire quelque chose, je n’hésite pas à gesticuler si il le faut.

Ces dernières années, j’avais bien sauté un Grand Prix 160 à Vejer de la Frontera construit par Grégory Bodo … mais il y a encore une petite marche supplémentaire avec un Grand Prix 5* 160 Rolex ! Je pense que là, mon manque de pratique s’est fait ressentir. Mon dernier Grand Prix de ce niveau datait, je pense, du CSIO5* de Lummen avec Best of Opus Dei Z … il y a 8 ans. La prestation de Bingo n’est évidemment pas passée inaperçue mais c’est surtout qu’elle confirmait sa très belle prestation de Prague où il avait été parmi les 5 barragistes de ce très difficile Grand Prix 155. Cian l’avait déjà vu là-bas et finalement, il l’a essayé chez lui ce lundi dans la foulée de Dublin. Certains me diront que j’avais dit que je ne le vendrais jamais … mais la vie est une question de choix. Quand je vois les magnifiques installations de Cian O’Connor, je pense que je ne peux pas dire que le cheval ne peut être bien que chez moi. Sincèrement, je suis très admiratif de Cian. Il a un magnifique palmarès en tant que cavalier mais en plus, c’est un homme d’affaire impressionnant. La manière dont il a traité les choses a été admirable. Je ne pense pas que cela a vraiment joué dans la balance mais il y a quelques mois, j’étais en train de vendre un cheval et ce cheval a fait une hernie inguinale et malgré tout ce qui a été mis en place, nous avons dû l’euthanasier. Ce jour-là, j’ai tout perdu. Je ne pense pas y avoir pensé mais cela a fait sans aucun doute partie de la réflexion d’autant que là, j’avais tout perdu sans en avoir fait le choix, ici, c’est un choix que j’assume totalement. Bingo n’était pas un cheval à vendre … mais Cian a absolument voulu l’acheter car ce cheval l’intriguait. Cela me confortait dans mon sentiment, moi qui avait toujours cru en lui depuis le premier jour. Je suis vraiment heureux d’avoir pu terminer cette magnifique histoire sur un tel concours. » explique Dominique Joassin

Retrouvez notre article consacré à Bingo Z en juillet 2023