Il y a quelques semaines, Joel Grandjean a fait la macabre découverte dans ses prés d’un de ses poulains de trait mort et partiellement mangé. Il s’agissait d’un poulain de 4 mois et demi, d’environ 250kg ! Après de nombreuses semaines d’attente, le verdict est tombé : il s’agit bien d’une attaque de loup. Si ces dernières années, les attaques de loups se répandent en Wallonie envers des agneaux et des jeunes veaux, le cas d’un poulain est unique … mais le restera t’il alors que la population de loups ne fait que croître en Belgique ?
Champion du monde en 2006 à Aix la Chapelle, Jos Lansink avait vivement interpelé l’opinion public il y a déjà quelques temps sur le développement du loup dans le Limbourg et le gros risque qu’il représentait pour l’élevage de chevaux. La preuve est faite aujourd’hui que ses craintes sont fondées et bien réelles.
Pour Joel Granjean, après l’état de choc, l’heure est à la mobilisation pour que son cas puisse servir à d’autres … même s’il préfèrerait que ce dossier reste unique. « J’ai découvert le corps de Bouli du Pré d’Awėe alors qu’il venait d’être tué, le cadavre étant encore tiède, ce qui confirme que le poulain n’était pas mort lors de l’attaque. L’agent du DNF contacté, M. Pêcheur, a fait un formidable boulot. A sa demande, je l’ai attendu près du cadavre pour ne pas que des renards ou autres prédateurs puissent en profiter. Je voulais vraiment que le relevé ADN puisse se faire dans les meilleures conditions possibles. Honnêtement, il m’a bien fallu plusieurs jours pour sortir de l’état de choc dans lequel j’étais d’avoir vu une telle scène d’horreur. Hier, le DNF m’a contacté pour me confirmer qu’il s’agissait bien d’un loup aux origines germano-polonaises. Probablement un loup de passage, mais c’est difficile de savoir s’il pourrait ou non être installé dans la région. Le Département Nature et Forêt ne m’a rien communiqué à ce sujet. D’ailleurs, j’ai eu leur appel mais à ce jour, je n’ai encore aucun papier me confirmant quoi que ce soit. Un dossier officiel sera rédigé par le département nature et fôret dans les prochains jours et me sera transmis. Je ne peux néanmoins que les remercier car tous les échanges que j’ai eus avec eux ont été très constructif. Maintenant, après avoir vu les graphiques de l’évolution de la population des loups en Pologne et en Allemagne ces dix dernières années, cela me fait peur pour la Belgique et ses élevages qu’ils soient de moutons, de vaches ou de chevaux d’autant que les territoires de ces deux pays sont beaucoup plus grands que le nôtre ! Actuellement, mon poulain est un cas unique mais le nombres de cas sur des agneaux et des veaux sont loin d’être isolés. Je veux bien que des gens aiment les loups, je peux le concevoir … mais moi, j’aimais bien mon poulain ! Je n’élève pas des chevaux pour les voir partir comme cela. Cela fait 18 ans que j’élève des chevaux de traits en sélectionnant leur génétique. Il y a des étalons de notre élevage qui saillissent dans 5 pays différents. Nos poulains sont vendus pour leur génétique et leurs aptitudes sportives. Visiblement, les éleveurs de moutons ou de vaches sont indemnisés selon un forfait en fonction du prix de la viande … mais ils ne savent pas encore comment ils vont faire dans ce cas-ci. Il est certain que pour les éleveurs de chevaux et particulièrement pour ceux de traits ardennais, je vais monter un dossier pour valoriser l’élevage de nos chevaux. Cela m’a fait très mal de lire des commentaires mal intentionnés lorsque j’ai partagé la douleur de la perte de ce poulain de gens qui ne savent rien de nous. J’aime mes chevaux et la perte d’un poulain d’une manière aussi brutale est vraiment difficile pour nous. »
Retrouvez notre article consacré l’an dernier à l’élevage du Pré d’Awée et celui consacré au National du cheval de trait ardennais