Ce week-end à Saint Lô, le Holstein avait emmené trois étalons de renoms en Normandie. Clarimo qui a désormais pris ses quartiers au haras de Talma mais également Uriko (père notamment d’Uricas vd Kattevennen) et la légende vivante du Verband, Casall !


Parmi les responsables de ces étalons pour le week-end, on retrouvait un jeune belge Edouard Hennau. Cavalier expatrié au Holstein depuis quelques temps, le jeune homme était venu prêter main forte à ses anciens collègues pour le week-end. L’occasion était trop belle pour ne pas retracer le chemin de ce jeune homme au parcours atypique.

« Je suis parti un an chez Paul Schockemoehle. C’était une expérience incroyable pour apprendre à monter à cheval car c’est un tellement grand élevage qu’il y a des petits, des grands chevaux, avec des moyens ou pas, avec du sang ou pas. Nous étions 15 à 20 cavaliers, pareil comme groom, tous jeunes et venus de toute l’europe et même plus, ce qui donne une super atmosphère. Au final, tu arrives, tu ne connais personne mais tu as une grande famille. Ca, c’était génial. C’est très formateur et mon plan était de rester là au moins un an et demi, deux ans … mais Constant Van Paesschen m’a appelé. Il avait un très bon groupe de jeunes chevaux à faire évoluer, c’était un beau projet intéressant et je suis resté avec lui durant trois ans. En fait, j’ai débuté ma carrière de cavalier assez tard. Mes parents préféraient que je fasse des études et j’ai donc commencé des études de vétérinaire comme mon père (ndlr : Jean Elie Hennau), en me disant que ça me permettrait de rester dans les chevaux … mais ce n’était pas ma vocation.

Mes parents trouvaient que cavalier était un métier beaucoup trop risqué … mais j’ai décidé de tenter ma chance quand même. J’ai fait un court passage à Zangersheide où je ne suis malheureusement pas arrivé au meilleur moment, ce qui était dommage car c’était de supers chevaux et de supers conditions dans de super infrastructures. Lorsque j’ai quitté chez Constant, je suis parti au Holsteiner Verband. C’était une super expérience car c’était un tout autre monde et une véritable découverte pour moi avec le monde de l’élevage, des présentations d’étalons, des expertises … je n’avais aucune idée de ce que c’était. J’ai pu faire les présentations d’étalons annuelles ainsi qu’une présentation chez Richard Vogel. C’était assez sympa. A côté de cela, il y avait les concours réguliers avec les jeunes étalons. J’ai notamment monté Zuccarello qui est un fils de Zuccero issu d’une mère Uriko x Canturo lorsqu’il avait 4 ans en participant notamment aux championnats du Holstein et qui fait la monte aujourd’hui dans les pays de l’est. J’ai aussi monté un fils de Daikon qui est lui-même par Dominator 2000 Z qui donne des chevaux avec beaucoup de sang, très sympa pour le sport et j’avais un 7 ans, Chezarro, un fils de Casall qui débute aujourd’hui sur 140. C’est agréable car ce sont des chevaux avec beaucoup de qualité. Beaucoup d’autres chevaux que j’ai monté ont été vendu. Le Verband a une politique très claire. Il achète beaucoup de jeunes chevaux, ils prennent le temps de leur donner leur chance mais si ces chevaux ne répondent pas aux attentes soit de par leurs performances, soit parce qu’ils ne saillissent pas suffisamment, ils sont vendus ! Ils ne veulent conserver que les meilleurs. Le Verband a vraiment un côté prestigieux que l’on ressent très fort en y travaillant. Quand tu vas au concours, lorsque les gens voient Holsteiner Verband sur une liste de départ, ils suivent les étalons. Je ne connais pas une autre écurie au monde où tout le monde regarde et s’y intéresse comme cela. Ce qui est compliqué, c’est que les gens jugent aussi très vite. Il suffit d’un ou deux mauvais résultats … et on met le cheval à un autre cavalier. L’arrivée de Felix Flinzer a quelque peu changé cela. Il est jeune et dynamique, il pousse à ce que les chevaux sortent et aillent au concours. Je pense que c’est bien pour le verband. C’était une fantastique expérience. Avec toutes les ventes qu’il y a eu au sein de mon piquet de chevaux, je devais espérer avoir de nouveau un piquet compétitif dans 3 ans … et même si je ne m’étais pas posé la question de partir, j’ai reçu juste à ce moment-là, une belle offre de Tjeert Rijkens. Même s’il est Hollandais, il est installé depuis de nombreuses années dans le Holstein. C’est d’ailleurs un ancien du Holsteiner Verband qui a aujourd’hui son propre commerce de chevaux en étant installé juste à côté m’a proposé de travailler pour lui avec un piquet de 10 à 15 chevaux pour aller au concours dès le lendemain ! L’homme ne se prend pas la tête, il sait qu’un cheval est un cheval avec des bons jours comme des mauvais jours. Avec sa femme Inna, il élève entre 5 et 10 poulains par an avec ses propres étalons. Je monte d’ailleurs une 7 ans, Gayuna (Gerardus x Contendro II) qui est sans faute sur 1m30 dont il possédait le père, le grand-père ainsi que la mère et la grand-mère ! Ce sont vraiment des gens bosseurs et sérieux.

Durant mon passage au Verband, j’ai dû m’adapter car lorsque je suis arrivé, je ne connaissais ni le système, ni les attentes. Par exemple, lorsque j’ai un jeune cheval un peu joyeux qui fait le dos rond durant le parcours, ça ne me pose pas de problème mais là-bas, tout doit être carré, parfait : rond en place et qu’ils réceptionnent sur le bon pied. J’adore l’écurie où je suis, j’adore la ville, les gens qui sont très sympas. La vie en Allemagne est assez chouette. C’est vrai qu’en Belgique, je ne suis pas connu mais mon rêve n’est ni d’être connu, ni d’aller aux Jeux Olympiques. Ce que j’aime bien avec les jeunes chevaux, c’est de voir leur développement. Ca m’amuse de les voir progresser, de me dire que j’ai eu tel sentiment à 4 ans et de voir comment il est plus tard. Je ne suis pas contre pas très doué pour le commerce. Quand il y a des clients, j’essaie toujours d’être honnête car je pense que c’est vraiment important mais je ne suis pas un commerçant dans l’âme. Heureusement dans notre structure actuelle, c’est mon patron qui s’occupe du commerce et moi du développement.

Je suis content d’être venu ici au salon des étalons. Mes anciens collègues m’avaient vendu ça comme une expérience incroyable pour que j’accepte de les accompagner… et finalement, ils ne m’ont pas menti. C’est vraiment quelque chose à faire dans sa vie. C’est vraiment génial de voir une telle qualité regroupée en un même endroit. C’est tellement bien de voir les chevaux en vrai, de pouvoir les voir sortis du boxe, de voir leurs aplombs. » conclu Edouard Hennau.
Photos J. Counet, T. Van Halle & DR