Ce week-end, Grégory Wathelet participera à la finale de la Coupe du monde à Bâle avec Bond Jamesbond de Hay. Une étape majeure de sa saison, marquée par un retour en compétition après une blessure qui l’a tenu à l’écart pendant plusieurs semaines. Entretien avec le cavalier belge et son groom, Sylvain Benoit, sur cette reprise et les enjeux de la finale.

Un retour progressif, mais efficace
Après son accident, Grégory Wathelet a dû suivre un protocole de rééducation strict. « Je me sens bien. On a mis beaucoup d’efforts sur le côté physique pour travailler l’épaule et retrouver force et mobilité », explique-t-il. Deux à trois semaines après l’opération, il reprenait déjà les exercices avant de remonter progressivement à cheval. « Une semaine plus tard, j’étais en concours », ajoute-t-il.
Malgré cette reprise rapide, un manque de rythme en compétition a été ressenti par le cavalier belge, notamment à Den Bosch, son premier grand rendez-vous. « Idéalement, j’aurais préféré reprendre sur de plus petits concours pour recommencer avec moins de pression. Pas de pression psychologique, mais une pression physique sur les épaules, sur la force que tu dois demander ou donner pour réaliser de tels parcours. C’est sûr, ça aurait été mieux. Mais bon, c’était comme ça. Il y a eu ces deux concours, Den Bosch et puis le Saut Hermès, qui se sont enchaînés. »
L’objectif était clairement de retrouver le rythme. Et pour les chevaux et Grégory, cela ne s’est pas passé de la même manière…
« Même si les chevaux ont bien sauté à Den Bosch – Ace dans la grosse épreuve du samedi et Bond dans le Grand Prix du dimanche – pour moi, c’était différent. Vraiment.
Eux ont sauté de très bonne manière. Par contre, je sentais que c’était moi qui n’étais pas dedans, qui n’étais pas à 100 % physiquement. Mais surtout, j’avais un manque de rythme. En fait, il n’y a rien à faire : c’est du haut niveau, et monter le Grand Prix de Lier deux étoiles n’a rien à voir avec monter le Grand Prix ou même la grosse épreuve de Den Bosch, où tout s’enchaîne vite. Et où être à 90 % ne suffit pas.
Donc voilà, si tu n’es pas à 100 %, ces petites erreurs techniques compliquent les choses parfois. C’est tout sauf anormal », concède-t-il.

Les chevaux ont bien sauté, mais du côté du cavalier, il a fallu du temps pour retrouver les automatismes…
« À Paris, lors du Saut Hermès, j’étais déjà beaucoup plus à l’aise », note-t-il avec satisfaction. « Je sais que j’ai fait des fautes avec Bond parce que je n’étais pas assez précis dans mes demandes à certains moments à Den Bosch. Alors qu’à Paris, j’étais déjà beaucoup plus à l’aise dans le galop, entre les obstacles, dans le rythme, mais aussi dans un barrage. Parce que j’en avais fait un le samedi à Den Bosch et je n’étais pas trop à l’aise, car on sait tous que ça va hyper vite. Tu dois prendre beaucoup de risques. »
Grégory ne veut pourtant pas parler d’appréhension, lui qui a déjà connu ce sentiment par le passé.
« Non, je n’ai pas eu d’appréhension, ça, je dois dire, c’est assez bien. Mais je crois qu’inconsciemment, l’erreur que j’ai faite au barrage de Den Bosch avec Ace, sans avoir d’appréhension, a dû découler de la chute. Je n’ai pas osé faire le tournant de la façon dont je l’aurais fait avant, ou dont j’ai peut-être pu le faire à Paris. Parce que voilà, inconsciemment, tu vas tirer une foulée de plus plutôt que d’aller sur la longue. »
Un crash pareil laisse malgré tout des traces, et Grégory Wathelet ne le nie pas.
« Ah oui, mais ça, c’est normal. Heureusement, peut-être. Maintenant, heureusement, pas trop de la même manière que quand j’avais fait ma grosse chute il y a cinq ans, où j’avais eu les ligaments de l’épaule déchirés. Là, j’avais eu plus de mal à me remettre de l’appréhension, surtout sur les oxers.
Tout ça, je ne l’ai pas du tout ici. Et puis je pense qu’il y a une chose qui joue aussi et qu’il ne faut pas sous-estimer : se remettre en route à 25 ans est plus simple que se remettre en route à 45 ans… », souligne le cavalier de Clavier.
Des chevaux prêts pour la reprise
Outre son physique, pendant sa convalescence, Grégory Wathelet devait aussi se soucier du maintien de la forme de ses chevaux.
« Je dois dire, mon accident n’a pas changé grand-chose dans mon programme. Ace était en route vu qu’il a fait les États-Unis, enfin, le début… Alors c’est sûr que j’avais prévu de sauter plus là-bas à la base que ce qu’il a fait. Mais il a eu, on va dire, cinq semaines sans concours et puis il a continué. Donc, tout ça, pour lui, ça va, ce n’était pas un gros manque de rythme. »

Pour Bond, en fait, ce qui a changé, c’est que je n’ai pas fait Bordeaux. C’était le seul concours en plus qui était prévu dans le programme, et ce n’est presque pas moi qui l’ai sauté avant Den Bosch. Évidemment, vu que je ne pouvais pas encore sauter. Donc, ce sont beaucoup mes cavaliers qui ont fait le travail pour sauter.
Un travail qui s’effectue toujours sous la supervision du « patron ».
« Quand ce sont mes bons chevaux, je suis toujours là. Je leur dis exactement ce qu’ils doivent faire. Avec mes jeunes chevaux, évidemment, je ne suis pas souvent là et ils font beaucoup par eux-mêmes. Mais ces chevaux-là, ils ne font pas un saut sans que je sois là, sauf cas vraiment exceptionnel.
Ces chevaux, on va dire, ce sont des Ferrari, donc tu ne fais pas n’importe quoi avec. Et puis surtout, Bond, je voulais faire un programme pour qu’il soit prêt assez vite pour Den Bosch. Pas pour faire un résultat là-bas, même si on espère toujours, mais pour ne pas le laisser trop longtemps à l’arrêt comme l’année passée. J’avais fait l’erreur à Ocala de minimiser un peu le retour en sautant très peu à la maison et ensuite d’arriver au concours.
C’est quand même un cheval qui, par son physique, sa grandeur, a besoin de sauter. Pas spécialement haut, mais il a besoin de sauter. Je le vois : quand il est en route, plus il saute, mieux il est. Et l’année passée, j’avais fait cette erreur-là, et c’est pour ça qu’il y a eu la petite incompréhension à Ocala, qui était due au fait qu’il n’était pas prêt physiquement sur des hauteurs pareilles.
Mais ici, à Den Bosch, je l’ai senti complètement prêt. Si moi, je ne fais pas deux petites erreurs, ça aurait été très bien. C’est parce que j’avais l’impression que je devais encore faire un concours. Sinon, je ne le prenais même pas à Paris. Après, la vérité, on la saura après Bâle. On verra s’il était bien ou pas« , ajoute le cavalier belge.

Une finale pointée comme objectif principal.
La qualification pour la finale de la Coupe du monde a été une priorité pour Grégory Wathelet. Une priorité qui ne date pas du début de l’hiver.
« Déjà l’hiver passé, j’avais pour objectif la finale. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis 20 ans, j’ai très peu couru la Coupe du monde. J’ai juste fait une finale, et c’est vrai que très peu de fois je m’étais dit que j’allais me concentrer sur la Coupe du monde, et ce, pour différentes raisons.
Il y avait évidemment des raisons de calendrier. Nevados a tout gagné, mais il a très peu participé aux Coupes du monde, parce que tu ne peux pas tout faire. Et donc, quand tu n’as pas un piquet de chevaux assez fourni, eh bien tu fais des choix. J’avais opté pour des Coupes des Nations, les Championnats, le Global Champions Tour, la Super League… Il y avait vraiment beaucoup d’autres choses.
Et comme je sais aussi qu’en Belgique, ce n’est pas toujours évident d’avoir des places, parce qu’il y a beaucoup de bons cavaliers et beaucoup de gens qui doivent avoir leur opportunité – et c’est bien qu’ils y aillent aussi –, je n’avais pas toujours fait des Coupes du monde ma priorité.
Malheureusement, car je trouve que c’est un super circuit. Et depuis deux ou trois ans, je me dis qu’avec un cheval comme Bond, j’ai envie de le faire, j’ai envie d’arriver à disputer deux ou trois finales. »

L’année passée, c’était le cas, mais je l’ai évidemment fait en fonction des Jeux Olympiques qui arrivaient après. Donc, sans Bond, en donnant la priorité à Ace of Hearts. Cette année, c’est encore le cas, et j’espère que ce sera pareil l’année prochaine, en essayant de me qualifier pour la finale. Parce qu’au final, on aime les grandes échéances. Mais on sait tous qu’il faut un peu de chance pour se qualifier et que tout se passe bien.
Cela fait deux ans que j’ai beaucoup de chance. Chaque saison commence très bien, et en quatre manches, j’arrive à me qualifier. C’est une belle opportunité, mais tant mieux ! Ça change beaucoup de choses. Après Malines, tu n’as déjà plus la pression de devoir courir après les points.

L’année passée, à Malines j’étais qualifié et cette année ci à Malines, j’avais 56 points. Après 4 manches. Mais ça c’est surtout grâce à Bond. Tout ce qu’il a fait il l’a réussi. Je sais que je ne vais pas avoir chaque année la chance d’avoir un cheval comme ci qui réussit chaque parcours.
J’espère en tout cas l’année prochaine pouvoir accrocher la finale aussi parce qu’il y a une finale qui se fera aux États-Unis, dans la région où je vais souvent, et où deux ans après se dérouleront le Jeux Olympiques.
Donc voilà, ce sont des endroits où un peu plus qu’un autre où tu as envie d’être aussi. » nous confie Grégory Wathelet.
Grégory Wathelet mise tout sur Bond.
Bond Jamesbond de Hay sera l’unique cheval utilisé par Grégory Wathelet pour cette finale.
« j’estime que je n’ai pas vraiment deux chevaux qui vont apporter un plus à l’autre.J’aurais bien voulu avoir Ace en cheval de réserve au cas où, mais malheureusement je n’ai pas fait de Coupe du monde avec lui parce qu’il avait eu une petite blessure au début de l’hiver. J’avais prévu de faire une Coupe du monde justement à Thermal dans l’idée de pouvoir l’avoir en option si jamais il y avait quelque chose avec Bond. Il doivent participer à une coupe pour être qualifié.
Ce qu’il n’a pas fait, donc je ne peux pas prendre lui comme option de réserve de Bond. Par contre, Double jeu sera là au cas où, pour seconder Bond si besoin. Mais voilà, le but est de faire tout avec Bond. Parce que c’est un cheval rapide dès le premier jour, je peux aller vite sans abimer grand chose et puis surtout, après, enchainer les sans faute.
Confiant en son cheval, Grégory Wathelet ne se rendra pas en Suisse pour faire de la figuration. Revenir sans un résultat serait une déception.
« Si tu ne pars pas avec une ambition de faire bien, c’est mieux de rester à la maison.
Chaque championnat c’est comme ça. Après, tu sais, des fois, tu as un peu plus de chance et d’autres fois moins de chance. Je savais qu’avec Ace, l’année passée, j’avais envie de faire une belle finale. Je savais que faire un podium, ça aurait été un résultat, pas inespéré, mais il n’avait pas la dernière expérience donc c’était difficile.
Mais à peu de choses près, j’étais dans les cinq premiers, j’ai terminé 10ᵉ. C’est quand même un super résultat pour lui, mais on a vu qu’il était plus proche des cinq premiers que voilà le 10ᵉ s’il n’avait pas eu de petit couac dans le dernier parcours.
Mais c’est sûr qu’avec Bond, on doit viser les avant postes. Après gagner…
On sait tous que le premier jour, une faute, ça peut te mettre très loin.
On l’a vu l’année passée, les trois premiers, je ne sais pas s’ils ont fait une faute du week-end.
Peut-être Peder Frédricson en a fait une de tout le week end. Aujourd’hui, tu n »as plus le droit à l’erreur. Il y a quatre parcours d’un vrai niveau.
Donc voilà, c’est vite arrivé. Mais oui, je vais avec l’ambition de faire un résultat. En tout cas d’être en finale évidemment.Et après d’être dans les dix premiers aussi. Le reste, ça va dépendre d’autres paramètres. Je sais, quand j’ai fait la finale de la Coupe du monde avec Forlap à Ocala, j’étais deuxième jusqu’au dernier jour. Une petite faute m’a poussé à la 7ème place. Donc tu te dis c’est proche mais loin aussi. Ce n’est pas pour ça que tu as raté ta finale. «

Un duo plus qu’expérimenté.
Pour l’épauler et s’occuper de ses chevaux à Bâle, Grégory pourra compter sur Sylvain. Son groom qui est de la partie avec le cavalier belge sur tous les concours depuis de nombreuses années maintenant. Pour sa part ce sera sa 4ème participation à une finale de Coupe du monde. Autant dire qu’il sait à quoi s’attendre.
« C’est un concours vraiment important. C’est juste l’apothéose de l’année
et de la saison hivernale qui se referme. Ça veut dire qu’on aborde ce rendez-vous encore plus concentré que d’habitude. On arrive vraiment « focus ». Même si on reste dans notre fonctionnement habituel. Par exemple, le matériel reste celui que l’on utilise toute l’année et qui est
bien rodé. On ne change rien du tout. Mais bien sûr, on vérifie tout pour voir si ce n’est pas fatigué ou si il n’y a pas un problème. Mais ça on le fait avant chaque concours déjà. Donc non, pas de changement, on utilise le matériel qui a déjà fait ses preuves.
Disposant d’un peu plus de temps qu’habituellement sur les concours, Sylvain Benoit pourra encore plus s’impliquer et mettre tout en oeuvre pour aider son cavalier à Bâle
« Sachant que si tout va bien Grégory ne montera qu’un seul cheval, cela veut dire que je devrai préparer que celui là.
Bond sera l’unique cheval qui demandera mon attention. C’est plus « cool » que sur un concours ou je dois en gérer 3, 4 ou 5. Je peux être vraiment concentré sur lu. et puis cela me laisse un peu de temps pour aller voir Grégory quand il monte sur le plat etc. Ce que je n’ai pas le temps de faire quand j’ai plusieurs chevaux à gérer. C’est aussi important car je peux voir avec mon oeil extérieur si il y a quelque chose d’inhabituel etc. Je serai aussi avec son professeur de dressage, Frédéric Pirmolin pour observer si tout va bien. L’idée c’est de passer le plus de temps possible avec le cheval. Même si parfois c’est un peu trop pour lui et qu’il ne peut plus nous voir (rires). Ça me permet de voir comment il est sans sa fraîcheur, dans sa façon de bouger, dans ses muscles,…
Quand il y a un gros gros problème, j’en parle à Greg quand c’est un petit truc, je règle le problème moi même. Je n’inquiète pas Grégory. Il y a déjà une pression assez grande comme ça. Même si pour nous aussi il y a une certaine pression. J’ai envie que ça se passe bien, Qu’il y ait un résultat à la fin du week end. Donc oui, je me mets une grosse pression, bien sûr.
Et chaque fois c’est le même feeling, le même sentiment lors d’une finale. Tout le monde est différent, tout le monde est plus concentré
Moi j’en ai déjà fait deux avec Grégory, une avec Forlap à Ocala et une avec Ace of Hearts, l’année passée à Riyadh. Celle-ci sera ma troisième avec Grégory et j’en avais déjà fait une avec Nicolas, (Philippaerts). C’était avec Donatella.
Mais c’est clair que lors d’une finale comme celle-ci les soirée entre groom sont nettement plus calmes que sur les autres concours. On ne se permet pas de faire la fête ici. On attend le dimanche pour tout lâcher. » nous confie Sylvain benoit au moment de préparer son camion pour le départ vers la Suisse.
